Eloge du mauvais geste

 

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Le mauvais geste, personne ne s’y attend – pas même celui qui l’a commis. Zidane et son coup de tête à Materazzi. Maradona et son but de la main. Henry et son double contrôle de la main. Cantona frappant un supporter qui l’insulte. Schumacher et son agression sur Battiston. Enfin, Platini et sa joie au milieu des morts du Heysel. Deux buts de la main, trois brutalités, une joie déplacée: six gestes. Six mauvais gestes, exécutés pourtant, et c’est tout l’intérêt de la chose, par des spécialistes incontestés du beau geste.

Six fautes qui, toutes, sur le moment, ont échappé à l’arbitre. Mais qui, surtout, ont échappé à leur auteur. Le mauvais geste, avant d’être fou, est spontané: au risque de l’infamie, le grand champion s’aventure au-delà des règles. Dans un éclair de liberté sidérant, il invente un geste inouï, qui révèle le revers de son génie. Sa faute. Sa faute à lui. Comme un chef-d’oeuvre à l’envers.

Le mauvais geste, comme un lapsus, laisse affleurer un inconscient, manifeste un caché. C’est un moment de vérité, qu’il ne faut pas juger, mais chercher à comprendre dans sa singularité. “Il n’y a aucune vérité, prévient Michel Platini. C’est pour ça que tout le monde aime le football.” Pourtant, chacun de ces gestes brille comme un diamant noir. Pour en percer le mystère, il faut revenir sur les lieux de ce qui, justement, n’est pas un crime, là où tout s’est joué, et tâcher de penser, au plus près des corps, à la surface du ballon, au ras du gazon.

Zinedine Zidane

Stade Olympique, Berlin. Finale de la coupe du monde. France – Italie. 9 juillet 2006. 107ème minute.

La seule beauté qui reste dans la défaite, écrivait Henri Michaux, jouer une défaite plus grande. Zidane, par son geste inouï en finale de la coupe du monde 2006, ne joue même plus une défaite plus grande, mais se défait de la question de la défaite ou de la victoire. Son geste ouvre un abîme, crée une sidération, invente un espace de liberté par son opacité même. Au point de visibilité ultime, sous les yeux de centaines de millions de téléspectateurs, mais dans le dos des arbitres, Zinedine Zidane met, comme on le dit improprement, un « coup de boule » à Marco Materazzi, alors qu’entre la France et l’Italie le score est toujours de 1 partout, et que tout paraît encore possible.

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Thierry Henry

Stade de France, Saint Denis. Match de barrage retour, qualifications pour la coupe du monde 2010. France – Irlande. 18 novembre 2009. 98ème minute.

Curieusement, au lieu d’être simplement abattus, comme des perdants de bon aloi, les Irlandais se mettent également à courir, encore plus fous que les Français, mais de rage, ils courent vers l’arbitre, gamins survoltés allant cafter à la maîtresse, pour dénoncer ce qu’ils sont apparemment les seuls à avoir vu : Thierry Henry, en prestidigitateur, comme son nom l’indique, aux doigts prestes, a contrôlé le ballon de la main. 

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Diego Maradona

Stade Azteca, Mexico City. Quart de finale de la Coupe du monde. Argentine - Angleterre. 22 juin 1986. 51ème minute.

Diego Maradona croit-il en Dieu ? Comme un enfant des bidonvilles argentins, qui a appris à ne compter que sur lui-même, s’il y croit c’est à moitié, et c’est pourquoi il prie d’une seule main. De l’autre main, il s’aide, car il le sait, ce n’est qu’ainsi que le ciel l’aidera.

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Eric Cantona

Selhurst Park, Croydon. Championnat d’Angleterre (Premier League). Crystal Palace FC – Manchester United. 25 janvier 1995. 61ème minute.

L’arbitre qui l’exclut ce soir-là n’a pas commis de faute : Cantona a bien mérité son carton rouge. Il ne proteste pas, il sait exactement ce qu’il a fait, et quitte le terrain. Pour rejoindre les vestiaires, il doit longer une tribune, pleine de supporters de Crystal Palace.

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Harald Schumacher

Stade Sanchez Pizjuan, Séville. Demi-finale de la coupe du Monde. France-RFA. 8 juillet 1982. 65ème minute.

Platini récupère un ballon, et comme à son habitude, trouve une longue ouverture pour son ami Battiston, qui vient de faire son entrée il y a dix minutes, et se retrouve seul face au gardien allemand, balle au pied, avec un temps d’avance et la certitude de pouvoir ajuster tranquillement son tir. Mais Schumacher ne semble pas l’entendre de cette oreille : plutôt que tenter plus ou moins désespérément d’anticiper la trajectoire du tir de Battiston, il se rue tout simplement sur lui, sautant aussi haut que possible, épaule et hanche en guise de bélier, et le percute de plein fouet, en plein visage.

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